Runaway women vu par…

Nous entrons avec violence dans un Japon aussi réaliste que poétique grâce à la série Runaway Women. La jeune Rieko sort de prison après avoir été acquittée d’un crime sur un enfant d’une dizaine d’années qu’elle gardait. Elle tente de reprendre une vie normale mais pour les gens, c’est elle la coupable. Ainsi comme dans La chasse de Thomas Vinterberg, s’engage une lutte pour sa justice et pour vivre, car ce monde ne veut plus d’elle.
Ce n’est pas un belle société japonaise que nous montre Hiroshi Kurosaki, mais c’est sans nul doute un beau Japon. Les plans sont lumineux, comme traversés par une sorte de transe lumineuse. C’est quelque chose de rare pour un objet télévisuel. Hiroshi Kurosaki ose l’expérience sonore et visuelle, casse le rythme pour mieux nous accrocher, n’hésite pas à aller vers la lenteur pour garder le mystère et alourdir le suspense. Il convoque peut-être parfois trop nos sentiments par une musique omniprésente, qu’il aurait été de bon ton de modérer, mais c’est l’un des rares points que l’on peut contester tant la mise en scène est millimétrée, intelligente et cinématographique.
Il nous fait voyager dans Nagasaki et ses côtes. La mer est toujours là, présente sur énormément de plans, comme pour nous rappeler qu’au Japon personne ne peut fuir, la mer est une ouverture sur le monde et à la fois une barrière. C’est tout ce qu’incarnent les personnages, ils sont pleins de contradictions. Pleins de haines, de préjugés et de compassion tout à la fois, ils veulent fuir et se venger. Ils ont peur d’eux-mêmes et des dégâts qu’ils se savent capables de causer. Ils sont en fin de compte dans la retenue, proche du cinéma de Bresson, dans une époque où il n’est pas bon d’exhiber ses sentiments, et qui, en fin de compte permet au spectateur d’imaginer le ressenti des personnages. C’est un cinéma qui n’en fait pas trop, qui est beau et qui a toute sa place sur les grands et les petits écrans. C’est un film qui explore le Japon comme vous l’avez peu vu, dans sa violence et sa sensualité. Il change notre regard sur le pays sans l’européaniser, une vraie réussite.

Mathis Veillard.

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