Une caravane dans le désert vu par…

« Le dispositif est simple : une caravane est installée au milieu du désert. Un photographe convoque cinq artistes sous prétexte de réaliser une série de portraits. Les personnages arrivent, les uns après les autres, pour construire la Tunisie de demain : un graffeur, un religieux rappeur, un danseur et une danseuse, une vieille femme. Autant de visages de la Tunisie. Autant d’opinions différentes. »
Avec ce documentaire, le synopsis est important à rappeler, à relire, à interroger car les mots sont loin des faits. Le dispositif mis en place laisse entendre que nous allons nous retrouver face à six personnes, photographe compris, réunis afin de débattre sur la situation de leur pays post-printemps arabe et certainement créer, expérimenter ensemble autour des questions soulevées. Seulement l’art est ici mis de côté, transformé en prétexte pour attaquer une seule et unique problématique, celle de la religion et de la radicalisation islamique.
Les portraits de quatre des cinq artistes nous sont peints. Un problème : alors qu’ils nous sont tous présentés par leur art, l’un se distingue car désigné comme salafiste. Jamais il ne se détachera de cette catégorisation, jamais son propos ne sera mis en perspective. Seul face aux autres, sa foi est la tache noire à nettoyer, à éradiquer. La parole se libère par le conflit, tout est fait pour porter un regard accusateur sur cet homme. Le jeu de la provocation est fort que cela soit par les mots ou encore par la danse ; la jeune danseuse réalise une performance devant les quatre autres protagonistes sachant pertinemment que les premiers textes coraniques condamnent cette pratique. Elle affirme sa position, la personne qu’elle est grâce à son art dans l’irrespect ou du moins la non prise en compte des convictions d’autrui. Cela lance alors le débat qui aurait pu se dérouler dans la bienveillance des points de vue, seulement le choix de la confrontation est fait et ne permettra à aucun moment de faire avancer les pensées.
Le traitement du film et les partis pris de la réalisatrice vont bien évidemment dans ce sens. La mise en scène est flagrante, détachant le salafiste des artistes jusque dans leurs placements lors des discussions ; les quatre sont sur un banc, en ligne, le dernier face à eux, seul. Un système de confessionnal est mis en place dans la caravane, habituellement associé à la télé-réalité afin que les protagonistes puissent exprimer leur sentiment. Jamais le salafiste n’y participera. Une forte dramatisation est portée par la musique symphonique, très présente tout au long du film qui sacralise l’œuvre et fatalise d’autant plus le propos religieux.
Il est certain que la radicalisation par la montée de l’Etat islamique est un problème majeur dans ce pays. L’erreur du monde occidental a été de croire qu’une fois la révolution soit la guerre civile du printemps arabe passée, l’Etat islamique accepterait la démocratie. Hélas, ces deux systèmes politiques sont incompatibles et nous amènent à la situation de conflit que nous connaissons à l’heure actuelle. Seulement, le monde ne se veut pas manichéen et il semble impossible que l’évolution des mentalités n’ait pas amené à des questionnements et des remises en cause plus vastes que cela soit identitaire, idéologique, culturel, politique. Tous ces domaines se rencontrent autour de la religion mais peuvent également la surpasser et il est fort regrettable qu’ils n’y soient pas parvenus.
Alors, il est clair que les idées et doctrines de pensée du salafiste sont extrêmes, révoltantes, condamnables, mais la mise en scène dirigée dans un sens accusateur plombe le propos du documentaire et nous nous retrouvons contraints d’observer des gens se débattre pour affirmer leurs idées, s’entendant, jamais s’écoutant.

Chloé Garcia.

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